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Édito : Ce qui nous attend pour l'équipement à moto

Info - Publié le mercredi 25 janvier 2017 à 15:05 par Cédric K.

Un équipement complet sera-t-il obligatoire pour rouler à moto dans les prochaines années ? Pour Cédric, c'est fort probable et un rapport officiel présenté il y a 4 ans l'annonçait assez clairement. Retrouvez ses explications et son avis dans un billet de (mauvaise) humeur.

Cédric est moniteur de moto-école. Une activité au plus près de ceux qui seront les motards de demain et qui lui offre un point de vue privilégié − et un peu différent − sur le rapport entre la théorie de la législation et la pratique sur le terrain. D'où cette tribune qui fait écho à notre interrogation de l'été dernier sur le côté inéluctable de l'équipement complet imposé à moto.

Alors que l'obligation du port des gants pour tous les conducteurs de 2RM (et quads) est entrée en vigueur depuis le 20 novembre dernier, la FFMC et la FFM, ont dernièrement publié conjointement un communiqué faisant le point sur la situation. Celui-ci porte notamment sur le point de vue qu'ont les deux fédérations vis-à-vis de l'obligation du port des gants, mais aussi sur les effets de la surenchère réglementaire qui a lieu actuellement et dont la majeure partie des mesures fait suite aux annonces du CISR d'octobre 2015.

Gilet airbag électronique autonome moto et scooter In&Motion Smart MotoUne de ces annonces est donc le port obligatoire de gants, homologués selon la réglementation CE. Une norme qui a prêté à confusion même pour les forces de l'ordre. Des contrôles ont été mis en scène en présence les médias dès le premier jour d'application de la mesure. « On s'occupe de votre sécurité, voyez. » Mais vu la précipitation avec laquelle ces contrôles ont été opérés, et de surcroît sur des conducteurs de 2RM déjà majoritairement équipés en raison de la météo de cette fin novembre, beaucoup de ces PV n'étaient en réalité pas justifiés

Un vieux serpent de mer…


Ce communiqué de la FFMC et de la FFM a été remarqué, et il n'aura pas fallu longtemps pour qu'Emmanuel Barbe, l'actuel DISR (Délégué Interministériel à la Sécurité Routière) exige un droit de réponse.

De sa réponse, on retiendra que la récente réglementation n'a rien du "tour de manche" dénoncé par les deux organisations et que "les usagers finiront par remercier l'état" de prendre ce genre de mesures, les sauvant de graves blessures. Évidemment l'usager moyen de deux roues motorisés, probablement un peu bête vu qu'il ne roule que sur deux roues, n'aurait pas su s'équiper de lui même.

Remarquez, avec le peu de pédagogie dont a fait preuve une nouvelle fois le gouvernement, brandissant avant tout la menace de la répression (avec un point de moins sur le permis à la clé, tout de même), il ne pouvait en être autrement. M. Barbe soutient le bien-fondé de sa mesure par « l'afflux important des usagers dans les magasins pour acheter une paire de gants homologués CE ». Preuve selon lui qu'ils étaient sous-équipés (voire pas du tout). N'était-ce pas simplement la volonté d'être aux normes pour ne pas se prendre un PV en allant travailler par une fraîche matinée hivernale ?

Le DSCR nous rappelle d'ailleurs la chance énorme que nous avons eu car les autorités nous ont laissé "tranquilles" depuis 1973, date de l'obligation du port du casque. À croire que nous roulons encore tous en casque bol de l'époque, à défaut d'avoir eu des directives de notre cher ministère pour nous équiper convenablement. Un rappel qui nous laisse très fortement à penser que des mesures imposant d'autres éléments d'équipement sont déjà prêtes à emboîter le pas au port obligatoire des gants. Et ça tombe bien, la norme d'homologation des bottes est déjà prête !

Mais, et c'est peut-être ce qui est plus inquiétant dans cette missive du DISR, tout laisse à penser que le maximum sera fait pour imposer le plus rapidement possible d'autres équipements de sécurité, en particulier l'airbag, en s'appuyant sur la prochaine réglementation en compétition qui sera mise en place par la FFM. Tous les moyens sont bons.

Le rapport Guyot, ou l'idée de l'obligation progressive d'un équipement de sécurité complet pour tous


Un extrait du rapport Guyot sur l'équipement recommandé à moto et scooterToutes ces mesures, qui sont imposées à doses homéopathiques dans un premier temps pour aider à l'acceptation, visent à imposer à terme un équipement complet, en suivant les recommandations du rapport Guyot (présenté en janvier 2013), un document que j'avais déjà eu l'occasion de présenter sur mon site. Ce rapport chiffre et priorise une idée récurrente, émise lors des dernières assemblées du CISR (Comité Interministériel de Sécurité Routière) et qu'on retrouve également dans d'autres documents qui ont servis de base de travail ces dernières années, comme dans un rapport rédigé en 2014 dont a déjà parlé l'Equipement.fr. Le port obligatoire des gants est d'ailleurs une des mesures décidée lors du CISR d'Octobre 2015.


Un extrait du rapport Guyot sur l'équipement recommandé à moto et scooterGants, puis bottes montantes, blouson, dorsale, airbag : autant d'équipements dont le rapport préconise l'obligation progressive, selon un ordre de priorité bien précis afin de pallier les manquements généralement constatés en matière de protection, en fonction de chaque catégorie d'usager. Il est alors amusant de voir que même si le rapport indiquait une recommandation "forte" pour ce qui est des gants uniquement à destination des conducteurs de cyclomoteurs (les adolescents en scooter étant généralement moins protégés que les conducteurs de grosses cylindrées d'après ce même rapport), la réglementation s'est vue être appliquée de façon universelle à tous les usagers de 2RM et de quads.
Mais le rapport conseille aussi cette mise en application progressive, insistant sur l'importance d'imposer en premier lieu des équipements déjà largement portés par le plus grand nombre (à commencer par les gants), afin de faciliter la transition vers le port d'un équipement intégral. Et il faut avouer que la méthode employée est plutôt efficace : combien de motards avez-vous entendu dire depuis l'annonce de cette mesure : « pas bien grave cette obligation, on porte toujours des gants à moto ! » ou encore « il faudrait être inconscient pour rouler sans gants ! » ?

Sans gant… ou sans blouson… ou sans botte… Nous sommes très majoritairement prêts à admettre sans détour l'importance des équipements de protection pour ce qui est de la pratique du deux roues, devant l'évidence des lésions auxquelles nous serions exposés à la moindre erreur, même à faible vitesse. Et c'est bien là que se situe tout l'imbroglio de cette mesure (et de celles qui suivront potentiellement) : imposer facilement le port de quelque chose qu'il semble évident de porter.

Le coût pour la société, ce faux argument


Un extrait du rapport Guyot sur l'équipement recommandé à moto et scooterCertains rétorqueront que les lésions encourues sont autant de dépenses de sécurité sociale en plus, et qu'il est ainsi nécessaire d'imposer le port des gants. Un bien joli raccourci à mon avis : certes le coût des traitements est important, mais combien de personnes par an cela concerne-t-il réellement ?
Avec 2 200 cyclomotoristes et 5 500 motocyclistes blessés hospitalisés (et combien pour des lésions de la main ?) pour 2015 (bilan de sécurité routière 2015), on pourrait à ce moment faire un parallèle avec beaucoup d'autres activités "dangereuses" et "coûteuses pour la société". Prenons un exemple pouvant potentiellement engendrer des lésions aux mains : les accidents de bricolage. Avec près de 300 000 consultations aux urgences par an, et par nature concernant avant tout les membres supérieurs. En suivant cette même logique du "coût à la société", ne serait-il pas urgent de légiférer à ce sujet et d'imposer le port d'un équipement de protection complet à tous les bricoleurs ?
Et pour reprendre un de mes exemples préférés : à quand une sanction pour ceux qui ne porteraient pas pull et blouson dans la rue en hiver, au prétexte que les rhumes et autres maladies respiratoires coûtent cher à la société ? Après tout, beaucoup de maladies seraient tellement facilement évitables grâce à la protection adéquate.
Je caricature mais l'idée est là, et il faudrait veiller à ne pas trop infantiliser les usagers.

L'incitation plutôt que l'obligation


Pour en revenir au port de l'équipement, ce genre d'obligation qui se solde par une amende et un retrait de point pour le contrevenant a aussi pour effet de nuire à la liberté de chacun, et de son appréciation personnelle sur sa propre exposition au risque. Lorsqu'un risque encouru ne met pas en danger la vie d'autrui, pourquoi devoir légiférer sur la question ?
Du moment que chacun est au courant des dangers et des conséquences, une connaissance qui passe par la formation et la pédagogie (et là, il y a matière à faire en France), chacun devrait pouvoir être libre de s'équiper comme il le souhaite. Une façon de penser qui ne remet aucunement en cause la nécessité de correctement s'équiper, contrairement à ce que pense l'Etat.

En bref : Encourager à s'équiper plutôt que de l'imposer. Un encouragement qui pourrait se manifester de plusieurs façons, comme un effort concernant la taxation des différents équipements de sécurité (même si cette idée est sujette aux débats), ou encore en passant par une tarification à géométrie variable de la part des assureurs, à l'instar de ce qui existe déjà dans certains pays.

Moto, équipement, sécurité routière et liberté


Dans cette époque du tout sécuritaire, la moto reste un synonyme de liberté, en décalage complet avec la politique de Sécurité Routière actuelle. Une pratique que l'Etat persiste à ne pas savoir (ou vouloir ?) comprendre en comparant toujours les chiffres de l’accidentalité des deux roues à celles des autres catégories de véhicules. Et ce, en dépit des évidentes différences en terme d'exposition au danger intrinsèque à ce mode de déplacement, qui feront que le ratio de d'usagers / nombre d'accidentés restera définitivement incomparable (le fameux 2 % du trafic pour 22 % des tués qu'on vous martèle depuis les fiches du permis).
Une comparaison qui ne sert donc à rien, si ce n'est de faire culpabiliser les conducteurs de deux roues avant même de prendre la route. Et je vous laisse imaginer cette comparaison dans quelques années avec la démocratisation de la voiture autonome. C'est dans la quête de ce but inatteignable de la sécurité absolue sur les routes que le gouvernement souhaite instaurer progressivement le port d'un équipement complet.

Se pose alors aussi une autre question. D'ici 5 à 10 ans, combien de motards débutants seront prêts à débourser 1 500 € d'équipement obligatoire (airbag, bottes, dorsale..) ainsi que la contrainte du port d'un tel équipement à chaque sortie ? Des passionnés prêts à beaucoup de concessions pour continuer à rouler, il y en aura toujours... Mais jusqu'à quel moment ? À long terme, ces mesures ne deviendraient-elles pas alors un vrai moyen de décourager de la pratique du 2RM ?

Un rêve probablement partagé par de nombreuses têtes pensantes tout en haut de la hiérarchie de la sécurité routière et par quelques associations de lutte contre violence routière. La phrase prononcée par Emmanuel Barbe en octobre 2015, souhaitant faire entrer la moto « dans une culture de la sécurité » est à mon sens assez révélatrice.
D'autant plus quand on apprend dans cette même interview que l'homologue Espagnol de M.Barbe n'hésitait pas à qualifier ainsi la moto : « oui, la moto, on la subit ; moins il y en a mieux on se porte ».
Une position que le délégué Français (ne manquant jamais une occasion de rappeler que lui aussi roule en 2RM) ne partage pas... officiellement.

Note de la rédaction : À la page 90 dudit rapport (PDF), on trouve la phrase suivante, qui nous semble symptomatique :
« On pourrait poser le principe de progression suivant : lorsque le port d’un équipement aurait atteint un niveau très majoritaire (65 à 70 % par exemple), à la suite de campagnes conduites en partenariat étroit avec les acteurs, on passerait à la généralisation obligatoire. » Dans le même temps, des pratiques pourtant répandues à plus de 70 % ont mis des années à être testées (et à peine tolérées), comme l'interfile, pour ne citer qu'un exemple, alors que ce même rapport Guyot y était favorable depuis des années. C'est sans doute ces obligations à sens unique qui provoquent quelques blocages chez les motards.

Retrouvez ici le site de Cédric : lemoniteurhorsdesclous.fr

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