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Sécurité et équipement à 2 roues : L'avis d'un médecin urgentiste

Info - Publié le vendredi 15 avril 2011 à 18:25 par Ludovic Vidal

Motard et médecin urgentiste, Patrick Pelloux, impliqué dans le monde du deux-roues, nous explique pourquoi la législation en matière d'équipement doit évoluer ; et pourquoi il est vraiment important de se protéger. Une interview qui aborde de multiples sujets.

Docteur Patrick Pelloux, médecin urgentiste et motardAlors que les chiffres de la Sécurité Routière mettent régulièrement en avant des statistiques peu favorables aux utilisateurs de deux roues motorisés, on parle peu de ce qui pourrait limiter les conséquences de ces accidents, ou on parle trop peu des blessés. Nous avons interrogé Patrick Pelloux, Président de l'AMUF (Association des Médecins Urgentistes de France). Motard depuis 20 ans et régulièrement confronté dans son métier à la réalité des accidents de la route, il nous livre son avis sur l'état actuel de la protection des motards et scootéristes en France, et sur ce qui est envisageable pour améliorer les choses. Une interview à contre-courant des discours officiels, mais qui va faire grincer certaines dents.

« Un casque jet ? Une bien mauvaise idée »

L'Équipement.fr : Au delà des causes d'un accident, les équipements portés par le motard ou le scooteristes sont-ils un facteur important dans le nombre de décès ou dans la gravité des blessures que vous constatez ?
Patrick Pelloux : Si cela peut sembler évident, il faut rappeler que le corps humain n'est pas conçu pour résister à une chute, notamment sur du bitume, très abrasif, et ce même aux plus basses vitesses. Donc oui, un minimum d'équipement ne peut que diminuer les risques de blessures, voire pire. À condition de bien le choisir.

Justement, y a-t-il des types de produits à privilégier ?
Oui, le casque intégral ! On voit trop souvent arriver des jeunes gens tombés à scooter avec un casque jet et donc le visage est très abîmé. Il arrive même que l'écran placé devant le visage se brise et vienne le scalper. Inutile de vous dire que les cicatrices sont alors importantes, et ce tout au long de la vie.

Donc un casque ne protégeant pas le menton est pour vous à proscrire. Et les modulables ?
Les casques modulables, quand on roule en position ouverte, protègent autant que des jets. De plus, il sont peu aérodynamiques et sollicitent donc beaucoup le rachis cervical. Il vaut mieux éviter de trop solliciter ce capital musculaire car on finit par le payer plus tard. Ceci dit, en mode intégral, la protection est bonne ; je n'ai jamais vu de casque modulable dont la mentonnière se soit ouverte lors d'un impact. Ces casques ont un côté pratique au quotidien, mais il faut veiller à rouler avec la mentonnière baissée.

Si le casque est la première protection à laquelle on pense, la tête n'est pas la seule partie du corps exposée. Qu'en est-il des membres ?
C'est effectivement un vrai souci. En France, seul le casque est obligatoire. Or, lors d'une chute, toutes les parties du corps sont exposées. D'où l'importance de porter un équipement adapté. Il y a par exemple eu des gros progrès sur les bottes moto, qui sont maintenant généralement bien finies et de plus en plus élégantes. Il faut savoir que même à faible vitesse, un pied mal protégé qui glisse sur le bitume ou heurte un obstacle, ça se finit souvent par une amputation d'un ou plusieurs orteils, indispensables à la stabilité quand on marche.
Le genou est systématiquement touché lors d'une chute, que ce soit pour un hématome ou une entorse. Et là, j'ai bien conscience que quand on circule en milieu urbain, un pantalon qui protège efficacement le genou manque de discrétion. Il faudrait que les équipementiers généralisent des protections amovibles, qu'on pourrait facilement enlever une fois à destination. [Dans cette optique, des jambières intégrant du d3o pourraient être intéressantes, ndlr]
Les mains sont évidemment très exposées, et même à 20 km/h, une dermabrasion demande du temps et de nombreux soins. Sans parler de l'aspect social que représentent les mains.

« L'airbag reste le seul moyen de protéger l'abdomen »

Un lecteur nous a récemment soumis son projet d'une dorsale protégeant l'abdomen. Cela vous semble-t-il pertinent ?
Il faudrait que je consulte son projet, mais une telle dorsale, si elle reste préférable à l'absence de protection, sera difficilement plus efficace qu'un airbag. Je roule au quotidien avec une veste airbag à câble [nous avons comparé des gilets airbags récemment, ndlr], car rien ne protège mieux les côtes et les organes "mous" de l'abdomen comme le foie ou la rate. En intervention, malheureusement, la différence entre un motard qui portait un airbag et celui qui n'en portait pas est flagrante au niveau des blessures et des conséquences.

« Il faut baisser la TVA sur l'équipement, et changer la législation »

D'après vos constatations, il faudrait donc rouler totalement équipé. Mais d'un point de vue purement pratique, c'est une source de dépense non négligeable.
Oui, mais il faut faire des choix. La législation doit évoluer et rendre obligatoire des équipements aujourd'hui optionnels. Ça coûte effectivement cher. Et c'est pour ça qu'il faut que l'État baisse la TVA sur ces équipements. Le passage de la TVA à 5,5 % a fait plaisir aux restaurateurs, n'a pas créé d'emploi et coûte des milliards chaque année. Le faire sur les équipements de sécurité pour les deux roues reviendrait bien moins cher et sauverait vraiment des vies !

Rendre un équipement obligatoire, certains vous diront que c'est une entrave à leur liberté.
À mon sens, la vraie entrave à la liberté, c'est le handicap qu'il y a après la chute, et qui dure toute une vie.

« Les organes génitaux, le tabou de la protection »

Il y a une protection qu'on ne trouve pas alors que beaucoup de motards ayant tapé dans une voiture ont fait cette douloureuse expérience. Peut-on vraiment protéger les testicules ?
Les parties génitales sont les plus durement touchées lors de la collision avec un autre véhicule, par le biais du réservoir. On en parle peu, c'est même un sujet tabou, mais il faut savoir qu'un impact violent signifie qu'un ou deux testicules peuvent être broyés, voire que le pénis peut être sectionné. Et là, c'est irréversible. Il y a de vrais progrès à faire pour protéger cette zone, car porter une coquille pour de courts trajets s'avère effectivement contraignant.

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