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Interview : Erwan Nigon, pilote de développement pour Michelin

Info - Publié le dimanche 6 novembre 2011 à 14:50 par Ludovic Vidal

Pilote de développement pour Michelin, Erwan Nigon a accepté de nous expliquer en quoi consiste ce métier, très peu connu et pourtant indispensable avant qu'un pneu de compétition arrive sur le marché.

Erwan Nigon, pilote de développement pour les pneus compétition moto MichelinMalgré les simulations informatiques et les essais sur machines automatisées, le développement des pneumatiques deux-roues ne peut pas se passer de l'humain et de son ressenti. Surtout dans le domaine de la compétition, où les pilotes doivent être en totale confiance pour grappiller quelques millisecondes. Parmi les pilotes officiels qui occupent ce rôle chez Michelin, nous avons rencontré Erwan Nigon à l'occasion de la première Convention Internationale "Sport et Entreprise" organisée par le manufacturier.

L'Équipement.fr : Vous êtes pilote officiel pour BMW Motorrad en Superbike français (avec le titre remporté en 2010) et en Championnat du Monde d'Endurance. Faites-vous vos tests pour Michelin sur une S1000RR ?
Erwan Nigon : Nous sommes plusieurs pilotes de développement, dont mon coéquipier Sébastien Gimbert, et nous évoluons sur plusieurs modèles de sportives pour nos tests. Même si ces motos sont relativement proches, elles n'offrent pas toutes le même feeling, et ont des comportements moteur différents, qui n'usent pas les pneumatiques de la même manière.

De 4 à 5 simulations de course dans la journée

Comment se déroule une journée d'essais de développement pour Michelin ?
Généralement, les tests durent deux jours. On fait rouler 4 motos en solo ou 2 motos en relais et nous passons en revue les critères sur lesquels les ingénieurs veulent notre ressenti : adhérence, usure, mise en régime, etc. Quand nous testons des pneus dont le développement est déjà bien avancé, nous faisons des endurances "sprint" de 20 tours où nous poussons le pneu à ses limites. Et ça, 4 à 5 fois dans la journée.

Les ingénieurs vous donnent-ils des informations sur les pneus que vous testez ?
Surtout pas ! Cela nous permet de tester les pneus en restant totalement objectifs, dans notre ressenti ou notre pilotage. Il arrive d'ailleurs qu'ils nous fassent essayer plusieurs fois les mêmes pneus pour être certains des résultats.

Comment se passe un test quand il s'agit d'un pneu dont le développement débute ?
Dans ce cas, on ne fait pas de simulation de course, mais des sessions très courtes de 5 à 7 tours seulement, pour relever les différences d'un pneu à l'autre, mais sur un seul critère. Selon les critères du jour, on a une "barrette" de pneus à essayer. Elle peut compter 3 pneus ... ou 10.

Où ont lieu vos essais ? Sur les pistes du site Michelin à Ladoux ou ailleurs en France ?
Plutôt en Espagne. Pour des raisons de climat bien entendu, mais aussi pour les grandes disponibilités dans ce pays. Les circuits techniques y sont nombreux et nous pouvons y rouler souvent. À Ladoux, on profite des pistes équipées pour les tests de pneus pluie. Mais uniquement par beau temps, afin de contrôler les différents paramètres, comme la hauteur d'eau envoyée sur la piste.

Vous travaillez comme pilote de développement pour Michelin depuis 2007. Dans quelle mesure cela a-t-il fait évoluer votre pilotage ?
Le premier atout, c'est bien entendu les nombreux roulages, qui permettent de garder la forme et d'avaler du kilomètre. Je conserve ainsi mes réflexes, une musculature adaptée au pilotage d'une Superbike et j'affine mon ressenti. C'est en 2007 que je suis arrivé sur les moteurs 4 Temps [après 4 ans en GP250, ndlr] et les motos comme les pneumatiques ont évolué dans mon sens, en accord avec mon pilotage : des passages en courbes de plus en plus rapides avec un gros grip sur l'angle. On se rapproche du pilotage des 250 2Temps alors qu'auparavant, sur les gros 4 Temps, il fallait casser son virage pour ensuite remettre les gaz. Les aides électroniques comme le contrôle de traction vont d'ailleurs amplifier ce phénomène et on pourra garder les gaz ouverts en grand encore plus longtemps.

Erwan Nigon, pilote de développement pour les pneus compétition moto Michelin

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