Les vidéos de la semaine de la Sécurité Routière
Info - Publié le mercredi 23 mai 2012 à 12:00 par Lu
« À moto, le plus grand danger, c'est de penser qu'il n'y en a pas ». Retenez bien ce slogan car vous allez le voir de nombreuses fois durant les mois qui viennent. Deux versions seront diffusées. Pourquoi deux versions ? En les visionnant, c'est assez clair. Et particulièrement agaçant. Décryptage d'une logique de Shadok.
Tous les groupes de presse viennent de recevoir ces vidéos et un récapitulatif statistiques des accidents à moto. Nous en avons une lecture bien différente de celle de la DSCR, Délégation à la Sécurité et la Circulation Routières, annonceur des spots en question.
Le spot TV ? Partiel et partial !
Il existe deux versions du spot publicitaire. La première fait 60 secondes, la seconde tout juste 35. Voici la version complète :
Donc, « chaque jour, le motard risque sa vie » en ville, alors quand il arrive en campagne, il se lâche, « libère sa moto »... et se plante comme un idiot, en ligne droite. Finalement, on peut se dire que s'il a survécu à la ville, c'est sans doute par chance. Ou qu'il est mort car il roulait beaucoup trop vite. C'est connu, le motard roule toujours trop vite.
Ce message global est regrettable car ça commençait assez bien, en expliquant que la ville est dangereuse pour les deux-roues du fait des inattentions coupables des automobilistes (téléphone, clignotants, rétroviseurs non surveillés). Ceci dit, dans un argumentaire, c'est la seconde partie qu'on retient le mieux...
Mais ce qui va vous faire bondir, c'est de voir la version courte, qui sera diffusée du 24 mai au 19 juin sur les chaînes de télévision* et jusqu'au 11 novembre lors des diffusions de MotoGP :
On a donc ici une version simplifiée à l'extrême, avec des situations trop résumées. Et à la fin, on ne voit que la ligne droite, histoire de grossir le trait. À quelques semaines des vacances, quel message veut faire passer la DSCR ?
La route plus dangereuse que la ville. Ah bon ?
Les statistiques jointes à ce courrier sont accablantes pour les motards. Mais elles sont incomplètes. On y apprend que « la mortalité des motocyclistes a connu une hausse de 10% en 2011 par rapport à 2010 » sans préciser si le parc des motos et scooters a augmenté dans le même temps, ou si les deux-roues ont parcouru plus de kilomètres grâce à une météo clémente.
La DSCR met l'accent sur la "surmortalité" en rase campagne, avec 61 % des motards tués pour 27 % des accidents. Ils semblent oublier qu'il y moins d'arbres en ville et surtout bien moins de glissières métalliques découpant les membres ou les têtes... Puisqu'il faut enfoncer des portes ouvertes, il est évident qu'en cas d'accident, même seul, les dégâts corporels contre un obstacle sont plus importants à 90 km/h qu'à 50 ; fallait-il vraiment un rapport pour ça ? Il convient de manier avec précaution les chiffres bruts. Dire que la rase campagne tue plus que la ville est un raccourci dangereux et assez déresponsabilisant. En 2009, il y a eu 36 tués sous la neige et 3 400 sous le soleil. Faut-il en déduire que rouler sous la neige est 100 fois moins dangereux ?
Sur le rapport très complet des accidents de 2010, on peut lire que les bords de trottoir ont tué 37 motards, les glissières métalliques 53 et "seulement" 13 pour celles en béton. Du côté du mobilier urbain, on arrive à 94 décès de plus. Et on ne vous parle pas des blessés graves. Si on ne compte pas les arbres, heurter un obstacle fixe tue 405 motards, c'est plus de 40 % des morts à moto ou scooter. Il n'y aurait pas moyen de faire quelque chose sur ce plan ?
Oui, une piqûre de rappel est toujours bienvenue, notamment pour calmer les motards qui vont reprendre la moto pour l'été après des mois de non pratique hivernale. On aimerait cependant que d'autres se rappellent que si les motards se tuent, seuls ou pas, c'est bien souvent contre des obstacles pensés pour protéger les automobilistes. Mais ces obstacles ne sont jamais catalogués comme une minorité à risque inconsciente. Dommage...
Entre Kafka et les Shadoks
À elle seule, une phrase du rapport "La sécurité routière en France - Bilan de l'année 2010" montre bien que la vitesse doit être systématiquement montrée du doigt :
« La vitesse n’est pas un facteur d’accident comme les autres, puisqu’inhérent à la notion même de déplacement. La vitesse constitue le seul facteur réellement causal d’accidents, les autres facteurs habituellement avancés comme tels n’étant que des facteurs secondaires (ne serait-ce que parce qu’ils sont inopérants à vitesse nulle) venant "seulement" accentuer la relation vitesse-accident (ou l’atténuer pour les facteurs protecteurs) »
C'est marqué noir sur blanc : couper la route ou téléphoner au volant n'est pas dangereux, le souci c'est que les gens roulent trop vite lors de la collision. En d'autres termes, il est dit de manière officielle que si tout le monde roule à 0 km/h on élimine la seule cause d'accident. Imparable !
* chaînes concernées : TF1, Eurosport, France 2 / France 3, M6, Canal+, Sport+, Canal+ Sport, Infosport, Equipe TV, Motors TV, NT1, Ab Moteurs, Mens'Up TV