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Rétro-réflexion à moto et maxi-scoot : État des lieux

Info - Publié le mercredi 7 novembre 2012 à 21:03 par Ludovic Vidal

À quelques 50 jours de l'entrée en vigueur de l'obligation pour les motards de rouler avec des équipements rétro-réfléchissants, nous avons posé vos questions à la Sécurité Routière. Entre idées fausses et vrais plans parfois tordus, voici ce qu'il se passera dès le 1er janvier 2013.

Mise à jour du 27 novembre 2012 : Le CNSR suspend l'obligation du port obligatoire du rétro-réfléchissant permanent à moto et scooter.

En janvier dernier, nous faisions le point sur ce que le décret allait exiger des utilisateurs de deux roues de plus de 125 cm³. Cette obligation, c'est pour très bientôt ; à lire vos e-mails, les questions sont encore nombreuses et parfois basées sur une idée fausse. Afin de pouvoir vous éclairer, nous avons été chercher l'information à la source. Chargé de mission 2 roues motorisés au sein de la DSCR (Délégation à la sécurité et à la circulation routières), Pascal Dunikowski nous a répondu. Autant vous prévenir, nous allons éclairer certaines zones d'ombre mais le bénéfice réel de la mesure nous échappe encore. Voire plus qu'avant.

L'Arrêté du 3 janvier 2012 relatif aux équipements rétroréfléchissants peut être consulté ici.

Rétro-réfléchissant  : Questions et réponses

Faut-il un nouveau blouson, un brassard ou un gilet ?
Si votre blouson est équipé des 150 cm² minimum exigés par le décret, vous êtes tranquilles. Ce n'est malheureusement le cas que de 4 ou 5 modèles parmi ceux vendus avant l'été 2012. Dans ce cas, il faudra donc ajouter ces 150 cm² par le biais d'un brassard, d'un gilet ou d'un logo de votre choix, du moment qu'il est rétro-réfléchissant.

Pourquoi une obligation aux seuls deux-roues de plus de 125 cm³ ?
DSCR : « Le port du casque a été obligatoire pour les motos 7 ans avant les petites cylindrées. Pour l'éclairage diurne, cela a pris 30 ans pour être appliqué à tous les 2RM. Là aussi, la mesure finira peut-être par être appliquée aux moins de 125 cm³ ».
Pour information, ne pas disposer du gilet obligatoire en voiture n'entraîne aucun retrait de point, contre deux à moto. Faut-il voir dans la limitation aux plus de 125 cm³ une étrange équité auto/125 cm³ pour ceux qui roulent en 125 cm³ avec le seul permis B et non le permis A ?

À quelle norme doit répondre ce dispositif ?
Là, ça se complique un peu car trois normes existent. La EN 471 correspond aux équipements à usage professionnel, la EN 1150 à un usage loisir. Ces deux normes exigent une haute visibilité de nuit mais aussi de jour. C'est pour ça que les gilets sont jaunes et que les bandes réfléchissantes sont obligatoirement grises ou blanches. Or, l'objectif officiel de ce décret est d'améliorer la visibilité nocturne. Dans ce cas, un dispositif répondant à la norme EN 13356 suffira. Cela permet d'avoir un équipement de la couleur de votre choix en journée et qui devient blanc quand il est éclairé, comme Ixon en a placé sur le bouson Tracker HP par exemple.

Mon équipement me rend visible de nuit, suis-je obligé de porter mon brassard en plein jour ?
DSCR : « Juridiquement parlant, il est impossible de définir quand commence la nuit, il faudra donc porter l'équipement rétro-réfléchissant en permanence et pas le garder dans la poche la journée. De plus, même la journée, on circule parfois dans des endroits sombres, comme les tunnels. »
Étonnamment, depuis le 30 juillet 2008, on oblige les cyclistes à porter « un gilet rétroréfléchissant hors agglomération de nuit et lorsque la visibilité est insuffisante ». La notion de jour/nuit semble donc valable pour cette catégorie d'usagers.

Le bon discernement des Forces de l'Ordre...

Comment justifier, lors d'un contrôle, que mon équipement répond bien aux besoins de visibilité et mesure 150 cm² ?
DSCR : « Si le vêtement ou le dispositif répond aux normes EN 471 ou EN 1150, l'étiquette est suffisante. Si c'est un dispositif autre, il faudrait contrôler la nuit, ce qui devient compliqué (!). Les contrôles ne porteront pas sur des cas "litigieux" mais plutôt sur ceux qui roulent sans blouson. Ce sont ces comportements qu'on veut sanctionner. Ceux qui roulent avec un équipement correct ne devraient pas être inquiétés. »

Des sanctions au jugé ?

Blouson moto et scooter réfléchissant Macna Concrete Night EyeLà, on apprend que finalement, les contrôles ne pourront jamais se faire de manière fiable. Avec un blouson comme le Macna Concrete Night Eye par exemple, intégralement rétro-réfléchissant mais ne répondant pas à la norme EN 471 puisqu'il reste discret de jour, il sera impossible de prouver qu'on est bien visible de nuit. Pour la Sécurité Routière, il faudra donc compter sur le "bon discernement" des gendarmes ou policiers procédant au contrôle si on ne veut pas perdre deux points un peu au hasard.

C'est donc une épée de Damoclès qui sera suspendue au-dessus de chaque motard ou scootériste (de plus de 125 cm³ seulement) en cas de contrôle car les Forces de l'Ordre pourront tout à fait infliger 68 € d'amende et un retrait de deux points à quelqu'un dont l'équipement est complet mais ne dispose pas des 150 cm² rétro-réfléchissants. Ou le laisser repartir car, après tout, il roule avec une protection bien suffisante. Vous aviez dit loterie ?

Une mesure disproportionnée

Si l'objectif est de sanctionner ceux qui roulent sans blouson, était-il vraiment nécessaire de passer par ce joyeux bazar où trois normes se mélangent et où personne ne sait vraiment comment contrôler de jour ce qui est efficace de nuit ?
D'après le Bilan de l'année 2010 disponible sur le site de la Sécurité Routière (PDF), sur les 704 utilisateurs de 2 roues de plus de 50 cm³ tués en 2010, 226 l'ont été de nuit (pages 148 et 342). Avec 64 % de tués dans une collision avec un autre véhicule et 61 % en rase campagne, on arrive donc à 88 décès suite à une collision dans une zone non éclairée. Sur ce nombre, combien sont directement dûs à une mauvaise visibilité du deux-roues motorisé, dont on rappellera qu'il roule avec un phare et un feu ? Ce dispositif, qui peut éventuellement aider à être plus visible de côté (point faible des motos et scooters) aura bien du mal à prouver son efficacité en zone urbaine, a fortiori de jour.

Alors que le délégué interministériel à la Sécurité routière, Frédéric Péchenard a reconnu la semaine passée qu'il fallait sans doute remettre en place les panneaux indiquant les radars fixes, peut-on envisager que ce décret soit annulé avant le 1er janvier ? Après tout, depuis le CISR de mai 2011, les changements de cap ont été nombreux : de fluo en juillet 2011, le dispositif passe à rétro-réfléchissant blanc ou gris quelques jours plus tard, avant que des coloris libres ne soient autorisés en août 2011.
Certes, l'objectif annoncé par la Sécurité Routière est louable, mais on aurait préféré qu'il soit clairement dit qu'on voulait seulement obliger les motards à porter des blousons protecteurs, ce qui semble être une bonne intention.

Mais on le sait, l'enfer est pavé de bonnes intentions. Et l'enfer, ceux qui roulent avec des blousons coqués mais non-réfléchissants risquent bien de le vivre dès janvier à chaque contrôle.

Et vous, qu'allez-vous faire dès le 1er janvier 2013 ? Donnez-votre avis.

Mise à jour du 27 novembre 2012 : Le CNSR suspend l'obligation du port obligatoire du rétro-réfléchissant permanent à moto et scooter.

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