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CNSR : Le rapport qui risque de fâcher

Info - Publié le mercredi 8 octobre 2014 à 02:30 par Ludovic Vidal

Rendu public récemment, le rapport du Comité des experts du Conseil National de la Sécurité Routière fait plusieurs propositions pour réduire le nombre de tués sur les routes à moins de 2 000 personnes d'ici 2020. Parmi elles, plusieurs concernent les 2 roues et seront diversement appréciées.

Long de 58 pages et librement consultable à cette adresse, le Tome 2 de la proposition d’une stratégie pour diviser par deux le nombre des personnes tuées ou blessées gravement d’ici 2020 remis en juin dernier par le Comité des experts du CNSR concerne spécifiquement les "groupes à risque". Entendez par là les jeunes conducteurs, les cyclistes, les usagers de 2 roues motorisés et les personnes âgées. Nous avons cependant relevé plusieurs points qui risquent fort de vous interpeller également. En voici le détail.

Du bon et quelques aberrations

Par souci de simplicité, l'inventaire se fera tout simplement dans l'ordre du rapport, que nous vous invitons à télécharger ici et à lire à tête reposée.

Page 13 : Prévention de l'alcoolisation au volant
Si la sensibilisation et la responsabilisation des usagers restent primordiales, pourquoi préciser que les contrôles aléatoires des forces de l'ordre doivent être faits aux heures connues de consommation ? Les exemples ne manquent pas pour démontrer que les accidents impliquant un conducteur (auto ou moto) ivre peuvent survenir aussi un mardi à 15 heures ou un jeudi matin. Pas uniquement après l'apéro ou le samedi soir.

Page 21 : Signatures sonores
Attention, ça part fort. Pour éviter les collisions avec les piétons, il faudrait étudier la création d'une signature sonore des vélos. Alors qu'on cherche à rendre les villes plus silencieuses, faut-il doter les véhicules sans moteur ou électriques de générateurs de bruit pour attirer l'attention de ceux qui n'ouvrent pas les yeux ? Ce point n'est pas un détail car on trouve son pendant "moto" un peu plus loin.

Page 24 : Port du casque à vélo
On rejoint ici la nécessité de rouler avec un équipement adapté, qu'on soit à moto ou à vélo, comme nous l'avait expliqué déjà Patrick Pelloux. Casqué, un cycliste qui chute sur la tête voit ses blessures réduites de 70 %. Sans parler des risques de décès, les séquelles sont forcément moins lourdes.

Page 30 : Mortalité et mobilisation
Rapport du CNSR 2014 : Des évolutions de tués pas si négatives que çaUn fait rendu étonnant par la formulation employée : il est précisé que les 2RM (deux roues motorisés) ont été délaissés des mesures permettant de faire baisser le nombre de tués par « crainte de la capacité de mobilisation des associations de motards ». Le rapport rappelle que trois mesures adaptées aux autres véhicules ne sont pas appliquées aux 2RM : un contrôle technique périodique, leur prise en compte par le système de Contrôle Sanction Automatisé (les radars) et l'amélioration de la saillance visuelle. Pour ce point, reportez-vous aux conclusions de l'étude AVIMOTO qui fustige l'arrivée des feux de jours automobiles.
Le graphique présent ci-dessus démontre cependant que le nombre de tués à moto a été multiplié par 2 en 40 ans quand le parc est devenu 7 fois plus important. Proportionnellement, les accidents mortels sont donc bien moins fréquents. Et, détail amusant, le bridage des motos à 100 chevaux en 1985 n'a eu aucune influence notable.

Mesures proposées

Page 32 : Les permis
L'amélioration de la formation de tous les conducteurs est en effet une nécessité. Le rapport préconise en revanche de retarder l'âge minimal pour les permis en vigueur. Les 50 cm³ à 16 ans, les 125 après 18 ans et le permis A après 5 ans de permis A2. Un permis plus progressif, c'est une bonne idée. Mais pourquoi autoriser les mobylettes seulement à 16 ans quand ce même rapport propose quelques pages plus tôt de commencer la conduite accompagnée automobile à 15 ans ?

Page 33 : Saillance visuelle
IFSTTAR : Étude AVIMOTO sur la visibilité des motos et scootersConscients de la difficulté des motards à être distingués dans le flot de circulation, les experts du CNSR proposent de promouvoir le port de vêtements et de casques clairs et de sensibiliser les autres usagers à la présence des motards. Sans surprise, la notion de « brassard ou gilet fluorescent » revient sur le tapis. Une mesure pourtant abandonnée en novembre 2012.

Pages 34 et 35 : Signalisation
On cite la phrase tant elle est belle : « En complément de ces actions de sensibilisation, la prévention repose […] sur la mise en place de rétroviseurs supplémentaires, de caméras, voire de capteurs de présence (comme c’est le cas par exemple sur certains modèles de véhicules, équipés de capteurs ultrasons qui détectent les obstacles devant, derrière la voiture et parfois sur le côté). »
Et donc, à l'avenir, si le véhicule ne détecte pas d'obstacle à la place du conducteur, le motard devra conserver ses réflexes pour ne pas se faire déboîter devant le nez. Pourquoi ajouter des rétroviseurs quand les 3 fournis avec les voitures ne sont déjà pas utilisés ?
En ce qui concerne le passage sur l'interdiction de dépasser aux intersections, difficile cette fois de trouver quelque chose à redire. Tout comme sur le rappel aux automobilistes (ou à certains motards…) sur l'importance des clignotants à utiliser avant de changer de voie ou de direction, ici considéré comme un comportement dangereux.

Page 35 : Infrastructure et freinage
Glissière de sécurité doublée pour protéger les motardsEn rappelant qu'un tiers des motards se tue en percutant un obstacle fixe, le rapport met en avant une modification souvent demandée pour les 2RM. Notamment le remplacement des dispositifs anti-stationnement très agressifs en cas de choc et les tristement célèbres barrières de "sécurité" non doublées.
Une nouvelle fois, l'ABS, le freinage couplé et l'antipatinage sont préconisés. L'ABS deviendra obligatoire sur les motos dès 2017. Son extension aux cyclos, demandé ici, risque en revanche de faire exploser les tarifs.

Page 36 : Plaques et radars
Un serpent de mer parmi tant d'autres refait ici surface puisqu'il est question de plaque d'immatriculation à l'avant des motos. Le texte parle carrément de « loupé législatif » à propos « d'absence incongrue ». Les soucis d'homologation retardent cependant à 2020 (au "mieux") la validation de ce qui permettra aux radars de mieux flasher. Le rapport regrette que cette mesure, souvent remontée, soit systématiquement abandonnée. En oubliant de rappeler que les constructeurs mondiaux risquent de voir ça d'un très mauvais œil.
À l'arrière, on devine que l'agrandissement de la plaque, lui aussi abandonné dernièrement, pourrait être prochainement à l'ordre du jour.

Page 37 : Contrôle d'homologation
Pas de contrôle technique en tant que tel, les experts sont ici catégoriques. Mais un contrôle de conformité pour s'assurer que certains éléments de sécurité n'ont pas été modifiés, comme les phares, feux et clignotants. Ce contrôle serait demandé lors de la revente d'un véhicule ou (tiens donc) périodiquement.

Page 38 : L'équipement
On reparle de la nécessité d'un standard d'équipement minimum à porter pour prendre le guidon d'une moto. Comme cela a été fait en Belgique depuis 2011. En attendant la finalisation de normes fiables pour les EPI (équipement de protection individuelle).
Le port du casque intégral serait favorisé, un modèle de type jet ne protégeant pas assez la face en cas de chute ou de choc.
Et, fait surprenant, la piste de la baisse du taux de TVA est ici clairement évoquée mais uniquement en cas d'obligation de port d'un équipement complet.

Page 39 : Intégral encore
Casque intégral moto et scooter Brembo B-TechParallèlement à la promotion de l'intégral, le rapport rappelle que les casques mal attachés sont souvent la cause d'accidents graves. Et demande à ce que des contrôles soient faits quant au bon serrage de la sangle ou au bon placement du casque. Les moyens humains à mettre en place pour ça rendent ce désir bien peu envisageable.
Il est précisé qu'une demande pourrait être faite aux fabricants de proposer des casques utilisant une sangle à enrouleur automatique. Pour le moment, seul Brembo a tenté l'expérience avec le B-Jet et le B-tech à système Sabelt. Notre test était d'ailleurs positif pour ce concept (un peu moins pour le reste du casque…).

Obligation de port d'un équipement plus couvrant, plaques à l'avant des motos, retour du brassard fluo ou amélioration des Infrastructures : le rapport souffle le chaud et le froid, surtout si le volet répressif finit par être le seul validé. On aimerait que les experts en question consultent d'autres études (parfois publiées par des membres de ce même comité…) à propos des impacts extrêmement négatifs de certaines "améliorations" passées qui entraînent tout le monde dans une course à l'armement visuel. Les feux de jour des voitures, en noyant les motos dans le flux routier et en rendant les vélos invisibles, ne sont pas la moindre des plaies en question. L'exemple du fanion proposé aux cyclistes pour être mieux vus est assez frappant.

Reste à voir ce qu'il adviendra des préconisations de ce rapport, ce qui sera finalement proposé à l'issue du prochain Comité Interministériel de la Sécurité Routière et des mesures finalement acceptées ou abrogées. Mais, concernant le gilet fluo ou les plaques à l'avant, on a malheureusement l'impression que l'idée est d'en reparler tous les ans pour le faire accepter "à l'usure".
À suivre …

Dessin de Sato inspiré par ce rapport des experts du CNSR - Auteur : Sato (merci à lui)

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