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Essai

Sport ? Grand Tourisme ? Agilité ? Durée de vie ? Avec le Road 5, Michelin entend proposer un pneu permettant de ne pas avoir à choisir l’une ou autre de ces qualités au moment d‘équiper sa moto. Essai d’un pneu très technologique.

Pneu moto sport route bigomme Michelin Road 5Quand vient le moment de changer les pneus de leur moto, tous ceux qui utilisent leur machine pour un usage autre que le seul circuit se trouvent confrontés au dilemme suivant : sport ou tourisme ? Imaginez donc le casse-tête pour les manufacturiers qui doivent savoir répondre à cette question pour des millions de motards ; faut-il développer un pneu très sportif ou très endurant mais moins amusant à l’utilisation ? Bref, où placer le curseur dans cette appellation un peu fourre-tout de Sport-GT ? Avec le nouveau Road 5, Michelin semble vouloir prouver qu’il est possible de combiner ce qui peut sembler antinomique : un pneu très technologique pour garantir un contrôle maximal sous la pire des météos tout en augmentant la dose de fun une fois au guidon. Pour juger tout ça, direction les environs de Séville dont les routes tortueuses méritent d’être qualifiées de terrain de jeu.

L’impression 3D métallique au service de la gomme

Pneu moto sport route bigomme Michelin Road 5Si Michelin se montre très satisfait des chiffres de vente de son Pilot Road 4 (1,5 millions de pneus vendus en 4 ans, soit 25 % du segment), son modèle phare n’était pas forcément réputé pour rendre les motos agiles et joueuses. La concurrence étant très dynamique (lire nos essais des Dunlop et Continental), le manufacturier clermontois est reparti d’une feuille (presque) blanche pour le Road 5. Quand le PR4 ressemblait grandement au PR3, le Road 5 adopte une signature visuelle très proche du Power RS. Et si les lamelles destinées à casser le film d’eau et à stocker celle-ci pour offrir un maximum de surface de gomme au sol sont toujours présentes, elles se montrent plus discrètes grâce à … l’impression 3D métallique. Validé sur les gammes auto et poids-lourd, le procédé a permis Michelin de totalement revoir la manière dont est conçu un moule de pneu. Historiquement, on enlève de la matière dans le moule afin de créer les « creux et pleins » d’un pneu, ce qui limite la finesse des sculptures. L’impression 3D métallique permet d’ajouter de la matière avec une précision de 40 microns ! Du coup, toutes les formes deviennent envisageables, surtout les plus complexes. Et sur le Road 5, cela s’appelle XST Evo, des lamelles en entonnoir inversé. Sur le sec, on garde un maximum de gomme au sol et sous la pluie, l’eau s’y engouffre pour être stockée dans le pneu. Second avantage, et non des moindres, plus le pneu s’use, plus la largeur des sculptures croît, permettant de conserver un même niveau d’adhérence sur sol mouillé. Mais en pratique, ça donne quoi ?

Un niveau encore relevé sous la pluie

Pneu moto sport route bigomme Michelin Road 5Des Street Triple RS et des MT-10 SP1 nous attendent sur la première piste du circuit de Monteblanco, copieusement arrosée afin de garantir une hauteur d’eau constante. Il faudra la parcourir 3 fois avec chaque moto. En deux endroits, nous devons arriver à une vitesse stabilisée pour littéralement planter les freins pour tester les réactions des pneus. Sur le premier, il faut arriver à 110 km/h au moins et écraser le levier droit pour freiner (en ligne droite) pendant 20 mètres. Ici, la Triumph se montrera impériale, ralentissant fortement sans aucune amorce de perte d’adhérence. Même l’ABS reste muet et on termine à une vitesse un peu inférieure à 50 km/h. En utilisant également la pédale de frein, on sent (et on entend…) l’ABS arrière s’affoler, le pneu idoine étant dépourvu de lamelles au centre. Mais la décélération reste forte et les mouvements parasites absents. Vient ensuite l’évitement, précédé d’un freinage alors qu’on arrive à 90 km/h. La mise sur l’angle, même effectuée avec peu de finesse, ne génère aucun flou. On sait en permanence ce qu’il se passe sous le pneu avant, la remontée d’informations se montre très rassurante dans cette situation d’urgence. Malgré un couple et un poids supérieurs, la Yamaha ne posera gère plus de problème, même en arrivant de manière (trop) optimiste sur l’évitement, le pneu reste vissé au sol, permettant d’éviter l’obstacle sans faire trop d’huile. Sur les deux motos (mais surtout avec la MT-10), la motricité du pneu arrière étonne en courbe. Oui, le Road 5 est totalement lisse sur les bords mais Michelin a fait ce choix car, sous la pluie, aucune moto utilisée sur route ne dépasse un angle de 35°. C’est donc dans cette zone que le Road 5 concentre ses sillons et lamelles. Et, pour le coup, il faut avouer que le résultat est impressionnant car la hauteur du film d’eau correspondait ici au genre d’orage qui incite à rester à l’abri et le Road 5 ne rechigne pas à faire passer au sol toute la gourmandise du 4 cylindres Cross Plane.

Une capacité à freiner sur le mouillé constante

Michelin l’assure : après 5 000 km de roulage, un Road 5 se montre aussi bon freineur qu’un Pilot Road à peine rodé. Pour la démonstration, c’est Dean Baudard, pilote essayeur de la marque qui a fait trois passages avec chaque pneu sur une piste à adhérence réduite (et mouillée). Le Road 5 fait au moins aussi bien que son prédécesseur, se permettant même de stopper la GSR 750 quelques mètres plus tôt comme vous pouvez le voir sur ces vidéos.
Seul bémol : afin d’être certains que le Road 5 usé reste aussi efficace qu’un PR4 neuf, on aurait aimé pouvoir faire la comparaison guidon en mains.

 

Le test de freinage avec #pneu #Michelin #PilotRoad4 sorti de rodage.

Une publication partagée par lequipement.fr (@lequipementfr) le 22 Févr. 2018 à 6 :38 PST

 

Freinage (très) appuyé avec le #pneu #Michelin #Road5 sur sol mouillé.

Une publication partagée par lequipement.fr (@lequipementfr) le 21 Févr. 2018 à 4 :58 PST

Une brève histoire de temps

Pneu moto sport route bigomme Michelin Road 5Le circuit n’est pas du tout la destination première du Road 5 et ceux qui voudront aller rouler en tant que gentlemen riders devront plutôt s’orienter sur la Power RS déjà testé. Mais Michelin avait mis à notre disposition des Ducati 939 SuperSport et des BMW S 1000 XR afin de faire des tests à haute vitesse. Sans (réelle) surprise, il s’en sort plutôt honorablement pour un pneu routier. Certes, il est marqué à l’issue de la matinée, d’autant que le bitume très chaud vers 13 heures n’épargnait pas la gomme, mais la direction reste précise quand on atteint des allures pouvant occasionner de l’eczéma à la Sécurité routière. Lors de la prise de freins à 240 km/h sur la BMW ou la Ducati, la stabilité reste de mise. Oui, à pleine charge en sortie de courbe, l’arrière commence à glisser malgré la présence des technologies bi-gomme 2CT et 2CT+ ; mais il le fait progressivement et, surtout, c’est une configuration qui ne présente pas sur route.

Du fun, du fun, du fun

Pneu moto sport route bigomme Michelin Road 5Et la route justement ? Dans les montagnes autour de Séville, entre simili canyons et mines à ciel ouvert, on pourrait se croire dans un décor de Western. Pourtant, la DDE locale doit aimer le circuit car tout dans les routes environnantes rappelle le tracé de Lédenon (la largeur en moins) : ça monte, ça descend, les virages sont variés et souvent serrés… et un bref regard sur les bas-côtés ne donne pas envie de louper sa trajectoire. Pour le début de l’essai routier, j’ai choisi la Triumph Speed Triple R. Derrière notre ouvreur – Dominique Sarron, excusez du peu, le rythme est assez rapide mais la Speed se balance d’un virage à l’autre sans vraiment se poser de question. On aurait pu attendre un peu plus de vivacité du train avant mais, de tous les roadsters actuels, la Speed est la plus pataude et, sur ce point, la Road 5 ne peut pas faire de miracles. En revanche, la stabilité est sans faille. Une stabilité bien appréciable sur les autres motos utilisées, de la MT-07 à l’explosive SuperDuke GT en passant par la Z1000SX qui, elles, profitent d’un surplus d’agilité très appréciable. C’est d’ailleurs sur la Kawasaki que les changements apportés par le Road 5 se montrent les plus bluffants. Sur la GT sportive (ou le roadster GT-isé, à chacun de voir), il suffit de légèrement pousser sur le demi-guidon pour faire plonger la moto dans le virage sans avoir cette impression de "tomber" que peuvent procurer certains pneus sportifs. Le Road 5 se montre alors vif à l’engagement et stable une fois en courbe. S’il faut modifier la trajectoire, un effleurement des freins suffit, sans que la moto ne se redresse. On entre ici dans la plus parfaite définition du Sport-GT. Le constat sera le même avec la MT-07 et la SuperDuke mais la Yamaha et la KTM sont déjà réputées pour leur côté joueur.

Une longévité à confirmer mais promise stable

Pneu moto sport route bigomme Michelin Road 5Le Road 5 est annoncé aussi endurant que le Pilot Road 4 par Michelin. En revanche, il devrait mieux se comporter une fois la demi-usure dépassée. Il faudra bien entendu vérifier ceci mais si cela est confirmé, c’est une bonne nouvelle, les retours sur l’usure en escalier due aux lamelles étant assez nombreux de la part de nos lecteurs.
En ce qui concerne le kilométrage pouvant être atteint, Michelin a procédé à des tests sur des bitumes très abrasifs dans des conditions volontairement contraignantes et annonce que le Road 5 devrait résister durant 9 à 10 000 kilomètres. Bien entendu, cela dépendra également de votre moto, de vos routes et de votre style de conduite.

Fort d’une technologie réellement novatrice (dans le monde de la moto), Michelin propose un Road 5 qui entend surpasser le Pilot Road 4 sur tous les points. Après cette journée d’essais variés, il faut reconnaître que ce pneu Sport-GT parvient à donner des velléités vraiment sportives à des motos pensées pour avaler du kilomètre tout en offrant une endurance appréciée de ceux qui ne veulent pas changer de pneus tous les deux mois. La tenue sur le mouillé, encore en progrès, devrait également séduire les motards qui n’ont pas envie de se poser de questions si la météo décide de leur jouer un sale tour.

Pneu moto sport route bigomme Michelin Road 5

Equipement porté durant cet essai : casque AGV Pista GP R, casque Shark Evo-One 2, combinaison RST R-16, blouson Macna Redox, pantalon Bolidster Ridester, gants Held Air n Dry, gilet airbag autonome In&motion.

Essai publié le jeudi 22 février 2018 par Ludovic Vidal

Les plus

Agilité
Temps de chauffe
Tenue sur le mouillé

Les moins

Longévité ?

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